21012021

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Marchés boursiers erratiques : l’analyse de Degroof Petercam AM

montagnesrussesweb

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Après un premier semestre 2020 qui a été le théâtre de rebondissements en série sur les marchés, à un rythme effréné, Alexander Roose, CIO fixed income chez Degroof Petercam AM, analyse la situation.

« Lueurs d’espoir en Europe », c’est le titre de l’analyse d’Alexander Roose, chief investment officer fixed incom chez Degroof Petercam Asset Management (DPAM). « Il faut bien reconnaître, estime-t-il, que le rythme des rebondissements a été effréné ces six derniers mois. Des limites ont été franchies sur le front monétaire des deux côtés de l’Atlantique, des politiques fiscales gargantuesques ont été mises en place et sont toujours en cours de déploiement, le projet européen a été mis à rude épreuve, la moitié de la planète a été confinée mais, surtout, le nombre de décès humains dûs à la pandémie a dépassé les 500 000 et continue d’augmenter. »

Dichotomie entre réalité et marché

Durant la période écoulée, le comportement des marchés boursiers a rarement été aussi erratique. L’une des plus fortes baisses de l’histoire sur quelques semaines a été suivie par la plus forte progression en seulement 50 jours. Les marchés baissiers et haussiers « se sont superposés » en l’espace de quelques mois. L’indice S&P 500 a connu son meilleur trimestre depuis le quatrième trimestre 1998, avec un gain de 20 %, alors que la nombre de patients américains traités quotidiennement pour le Covid-19 ne cesse de croître, dépassant désormais les 50 000. La dichotomie entre la réalité économique et le marché boursier n’a pas diminué, même si l’indicateur des directeurs d’achat (PMI) s’est amélioré, que les ventes de détail en Allemagne se sont mieux tenues ou que le marché de l’emploi aux Etats-Unis a donné des signes « encourageants ».

« Attention à l’extrapolation de ces chiffres pour les mois à venir ! », prévient toutefois le stratégiste. Selon lui, des chiffres mensuels comme le Purchasing Managers Index (PMI) ou des données sur l’emploi perdent de leur pertinence car ils sont publiés après le « grand verrouillage » qui avait mis l’activité en berne dans de nombreux secteurs. Aux Etats-Unis, seuls 7,5 millions d’emplois, sur les 22 millions perdus depuis mars 2020, ont été récupérés, alors que de récents chiffres indiquent une forte augmentation des pertes d’emplois « permanents » (2,9 millions). Vu la « flambée » des infections, les chiffres seront « moins brillants » en août.

La principale raison de la bonne tenue des marchés boursiers, selon Alexander Roose, réside dans la prise de conscience progressive par les acteurs du marché qu’aucun gouvernement des pays développés n’aura jamais recours à la fermeture de toute son économie, même si une deuxième vague plus importante du coronavirus frappait. « Davantage d’entreprises, pronostique-t-il, devraient procéder à des licenciements. Par conséquent, il s’agit de rester prudent en supposant que les chiffres élevés du commerce de détail observés dans certains pays se maintiendront au-delà d’une courte période où la demande refoulée a été satisfaite ». 

Décarbonisation et numérisation de l’économie

Cela dit, en attendant les prochaines publications de résultats des entreprises (qui nous en diront plus, notamment sur ce que les dirigeants ont « en réserve » pour ce qui est des mesures de maîtrise des coûts), les négociations sur le plan de l’Union européenne pour la « rallonge » de 750 Md€ sont toujours en cours, les Etats « frugaux » (Autriche, Pays-Bas, Danemark, Suède) « hésitant » encore à s’engager sur des subventions de 500 Md€. Les fonds de l’accord européen de nouvelle génération seront consacrés à la décarbonisation et à la numérisation de l’économie de l’Union européenne, tout comme le plan de relance allemand de 130 Md€ annoncé début juin.

« Les entreprises innovantes qui s’attaquent au défi du changement climatique, souligne le professionnel de DPAM, devraient être au cœur de tout plan de relance à long terme. Outre la numérisation, le renforcement des chaînes d’approvisionnement locales ou l’investissement dans l’innovation et l’éducation pour améliorer le capital intellectuel de l’Union européenne, les dirigeants politiques européens devraient également repenser le cadre réglementaire en matière de concurrence, car il désavantage fortement les entreprises dans un grand nombre de secteurs par rapport aux sociétés américaines ou chinoises ». Par exemple, il y cent opérateurs de télécommunications en Europe, contre trois aux Etats-Unis. La fragmentation du paysage européen a retardé le déploiement des réseaux 5G…

Par ailleurs, les opérations de fusion-acquisition devraient être regardées de près, en particulier si un « goodwill » important est en jeu (avec un risque sévère de dépréciation si le cycle tourne) ou si les passifs qui subsistent ne sont pas correctement pris en compte par les dirigeants. Bayer, par exemple, tente de mettre un terme aux 100 000 plaintes héritées de Monsanto dans le cadre du litige « Roundup ». Si la firme a dernièrement réglé 9 Md$, des responsabilités futures ne sont pas éteintes, si bien que de nouvelles demandes seront encore déposées pendant au moins une dizaine d’années.

Les marchés des actions ont déjà dans l’ensemble intégré une « certaine normalisation », alors que dans certains pays émergents ou aux Etats-Unis, les autorités n’ont pas été en mesure d’infléchir la courbe du nombre de personnes infectées par le Covid-19. Une augmentation du nombre de cas pourrait provoquer de nouvelles poussées de volatilité dans les marchés. Et Alexander Roose de conclure : « Une réouverture totale de l’économie ne peut être envisagée qu’avec un vaccin efficace largement disponible. Dans l’intervalle, les progrès du fonds de relance de l’Union européenne et une meilleure maîtrise du Covid-19 en Europe sont des développements encourageants ».

ML