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L'Edito du mois - Décembre 2020

 

L'Edito de Jean-Denis Errard

Rédacteur en chef de Gestion de Fortune
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Pouvoir et savoir

«Comme toujours ceux qui ont peur et qui ne sont pas conseillés ne font rien et ne gagnent rien, et ceux qui sont accompagnés et se font expliquer les choses se donnent les chances de faire fructifier leur capital », me fait remarquer Jean-Marc Palhon, le président d’Extendam, spécialiste de l’investissement hôtelier. C’est vrai, cette conjoncture actuelle est cruelle pour l’épargnant qui ne peut pas – ou ne veut pas – prendre des risques sur ses économies, ce qui est le cas de la plupart des Français. Le « sans risques » est en rendement négatif après inflation et cette érosion de pouvoir d’achat va inévitablement s’aggraver.

Quant à ceux qui ont les moyens de prendre des risques, accompagnés par un bon conseiller, ils peuvent faire fructifier leur capital dix à vingt fois plus vite que l’épargnant lambda. 0,5 % pour l’un, 5 à 10 % pour l’autre. Le livret d’épargne pour l’un, le private equity, les marchés financiers, le capital déve- loppement et les club deals immobiliers pour l’autre. Qui plus est, l’orgie de création monétaire amplifie l’effet de levier pour les plus aisés. L’économiste Nicolas Bouzou l’avait relevé dans une analyse signalée dans notre numéro d’avril 2019 : le patrimoine total des Français a régressé de 6 % entre 2008 et 2016 alors qu’il a augmenté de 69 % durant ces huit années pour les millionnaires. Dans son palmarès annuel, notre confrère Challenges souligne également qu’entre 2010 et 2020 la masse des 500 plus grosses fortunes françaises a grossi de 210 à 730 Md€ (soit de 10 à 30 % du PIB) ! La réforme de la flax tax et de l’impôt sur la fortune ont favorisé cette tendance comme le relève le Comité d’évaluation des réformes de la fiscalité du capital dans son deuxième rapport publié en octobre. Un rapport qui a réactivé le débat entre pro et anti-fiscalité sur « les contribuables les plus aisés ».

Le temps de l’assurance vie qui enrichissait tout le monde est révolu. L’ère du risque et de l’illiquidité va générer inévitablement une inégalité entre les inves- tisseurs. Le temps du « pouvoir d’achat » cède le pas au « savoir d’achat », les bien conseillés jonglant avec les meilleures opportunités de placement et exploitant les méandres du Code général des impôts que les gouvernements s’amusent à compliquer sans cesse. Le professeur Frédéric Douet l’explique avec dextérité dans son Anti-manuel de psychologie fiscale1 qu’il vient de publier sur les « techniques de plumaison » qu’emploie l’Etat pour abuser les contribuables.

Cette fracture de notre société, financière et fiscale, se rajoute maintenant à celle plus structurelle – territoriale, technologique et culturelle – qui ronge le pacte social. Mais on ne résoudra rien en restaurant un matraquage fiscal des plus aisés comme le suggèrent aujourd’hui des économistes. Ce rapport que je cite fait remarquer que « les prélèvements sur le capital en France demeurent après les réformes de 2018 parmi les plus élevés en termes de standards internationaux ».

1. Enrick B éditions, octobre 2020